Ajaccio, tirer profit d’une baie remarquable
Centre économique, commercial et administratif de la Corse, la Ville d’Ajaccio s’est développée sur une étroite bande littorale le long de la baie d’Ajaccio. Le reste du territoire de la commune est naturel et l’habitat y est peu présent et dispersé. Au cours des années 60 de grands ensembles d’immeubles ont été construits au Nord et sur les hauteurs de la ville pour répondre au boom démographique. Construite ainsi sur deux niveaux différents, Ajaccio devient alors aussi une ville à double visage, celui de la ville ancienne et sa trame urbaine historique, et une ville récente dessinant des quartiers d’habitat social, conçue rapidement sans une démarche globale d’aménagement.

© CCIACS
Renouveler l’espace urbain
Les choses ont évolué au tournant des années 2000. Depuis 2002, une Opération de Renouvellement Urbain est engagée par les élus avec l’appui de l’Etat français pour les quartiers fragilisés situés sur les hauteurs en fond de la baie d’Ajaccio. Près de la moitié du territoire urbanisé d’Ajaccio est ainsi concernée par une opération visant à ouvrir ces quartiers sur le front de mer et la ville, et à leur redonner une qualité de vie en renforçant les services de proximité, les équipements sportifs, culturels et éducatifs, mais aussi le tissu économique. Le renouvellement de l’offre urbaine en est également l’un des axes majeurs : requalification des espaces urbains et du patrimoine bâti - y compris celui du centre ancien -, aménagements et création d’espaces, etc.
Cette démarche entreprise depuis plusieurs années devrait être confortée par le projet global déposé auprès de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine. Mais elle s’inscrit plus largement dans le Plan d’Aménagement et de Développement Durable dont la devise "Aiacciu bellu, qualité de ville, qualité de vie" affiche l’ambition de renforcer l’attractivité de la ville, sa cohésion sociale, de lui redonner une qualité urbaine tout en préservant les espaces naturels et agricoles.
La reconfiguration du port approuvée en janvier dernier par l’Assemblée de Corse, va dans le même sens.
© AIVP
Organiser et rationaliser les équipements portuaires
Porté depuis plusieurs années par la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Ajaccio et de la Corse du Sud (CCIACS), le Schéma directeur d’aménagement de la Baie d’Ajaccio va conduire en effet à une profonde réorganisation des fonctions urbaines et portuaires.
La volonté qui sous-tend toute la démarche de la CCI repose sur le constat que la présence du port a des répercussions directes sur la ville. Mais l’équation à résoudre est un défi à la fois stimulant et complexe : minorer les impacts négatifs du port sur la ville et la baie tout en dynamisant les activités commerciales et de croisière, le tout sur quelques 5 km d’une façade littorale par ailleurs étroite (50 à 200 m). Le Schéma directeur qui y répond s’appuie en particulier sur l’Etude globale d’aménagement de la baie à l’horizon 2020 réalisée en 2006 par Atelier 9 en partenariat, notamment, avec BRL Ingénierie, tous deux membres de l’AIVP. Derrière ce que l’on pourrait décrire rapidement comme un jeu de chaises musicales concernant les différents sites du port, ce sont une nouvelle cohérence et une articulation fine entre des espaces urbains et portuaires qui sont proposées.
En effet, au sein de ce site côtier de grande qualité qu’est la Baie d’Ajaccio, cadre naturel ouvert sur la mer et le maritime, se succèdent des espaces aux fonctions contrastées : usages portuaires purs (fret, passagers et pétrole), usages mixtes avec les ports de plaisance Tino Rossi et d’Ornano, ville ancienne, ville moderne en fond de baie et sur les hauteurs, habitat dispersé à l’Est. Dans ce contexte, plusieurs problématiques majeures se devaient d’être traitées :
- celle de l’activité fret au contact immédiat de la ville historique, avec en particulier les problèmes induits en termes de fluidité des trafics urbains et portuaires, et de sécurité ;
- celle de l’activité passagers (ferries et croisières) en croissante constante ces dernières années ;
- et celle enfin de la présence d’activités dangereuses (dépotage du pétrole/gaz) au cœur de la Baie d’Ajaccio, sur le secteur de Saint-Joseph.
© Google Earth
Le scénario retenu repose sur le déplacement des activités pétrole/gaz à l’extérieur de la baie, sur le secteur de Ricanto où existent déjà des équipements de transbordement du gaz. Estimé à €7,8 millions ce transfert est entièrement financé par la CCI. L’impact environnemental sur un herbier de posidonies ont conduit à déplacer un poste à quai. Les discussions avec les partenaires industriels concernés ont également conduit à modifier l’avant-projet qui est désormais en cours d’approbation. Les travaux pourraient démarrer fin 2010 pour une livraison en décembre 2011.
Le déplacement de ces activités dangereuses ouvrira alors de nouvelles perspectives pour les aménagements sociaux, économiques et récréatifs que la ville pourrait engager en fond de baie. Côté portuaire le quai ainsi libéré sur Saint Joseph sera reconfiguré pour accueillir l’activité roulier. La desserte routière existante à proximité permettra un écoulement plus rapide du trafic ’poids lourds’ pour approvisionner la grande région d’Ajaccio et la Corse. De même, cette nouvelle configuration du trafic roulier avec le continent permettra d’organiser plus efficacement et dans des créneaux horaires plus satisfaisants le flux de marchandises destiné à desservir la ville elle-même. Au total les estimations chiffrent de 300 à 400 le nombre de camions qui ne traverseront plus la ville chaque jour. Par ailleurs la création d’un parking de 1200 places au Nord du port sera un atout supplémentaire pour la fluidité urbaine.
Afin d’accueillir les activités fret sur Saint Joseph, quatre hectares seront gagnés sur la mer pour une extension des terre-pleins et la création de trois postes à quai supplémentaires. Là aussi l’impact environnemental sur un herbier de posidonies pourrait nécessiter un ajustement du projet et des mesures compensatoires. Un parc paysager pourrait également être réalisé en complément en fond de baie. Estimés à €31 millions financés par la CCI et la Collectivité Territoriale de Corse, les travaux pourraient démarrer en 2012 / 2013 pour une livraison en 2013 / 2014.
Renforcer le pôle passagers au plus près de la ville
En prévoyant de déplacer l’activité fret de la ville, le schéma directeur rend possible l’accueil de davantage de passagers au plus près de la ville. Il ouvre aussi la voie à toute la reconfiguration de l’interface centre-ville port. Sans plus attendre, un môle dédié à la croisière disposant d’un des postes à quai les plus longs de la Méditerranée occidentale a été déjà réalisé et est venu renforcer le terminal passagers. Les plus grands paquebots de croisière peuvent y être accueillis au pied de la ville. Le terminal est désormais apte à répondre à la progression constante de cette activité à Ajaccio : près d’1,1 million de passagers en 2009 (+ 8,2% par rapport à 2008) pour les liaisons maritimes avec le continent et 460.274 croisiéristes (+16,48% par rapport à 2008). Pour 2010 la barre de 2 millions de passagers devrait être franchie, dont 750.000 croisiéristes.
En 2010 s’achèveront également les travaux de rempiètement du quai de la CCI. Estimés à €8,1 millions financés à 100% par la CCI, ils permettront à la fois de répondre à cette progression du trafic croisière mais aussi à la progression du trafic conventionnel de marchandise en attendant son déplacement vers Saint Joseph. Les terre-pleins seront agrandis et les flux marchandises et passagers y seront traités séparément afin de désengorger la ville. Mais il s’agit bien là d’une configuration provisoire et à terme les postes à quai dédiés au fret seront consacrés au trafic passagers. En termes d’aménagement, il s’agira alors de s’inscrire dans le prolongement de la démarche de cohérence architecturale déjà engagée sur le site lors de la rénovation de gare maritime et du Palais des Congrès dont les conceptions se font écho. Cette nécessité de cohérence de l’ensemble est fortement soulignée par le cabinet Atelier 9 qui en fait l’une des clés du renforcement de l’attractivité globale d’Ajaccio.
A des fins similaires, la reconfiguration et l’extension du port de plaisance Tino Rossi ont été engagées. La première phase, celle du réaménagement devrait être livrée cette année. La seconde phase a été chiffrée à €6,75 millions et sera financée à 100 % par la CCI. Elle portera la capacité de ce port à 350 / 400 places d’ici fin 2011. Les activités de pêche seront également conservées, tandis que de nouvelles stratégies marketing seront engagées pour attirer la clientèle de la grande plaisance qui fait actuellement défaut.
Bâtir un nouveau cadre de vie
Au-delà de ces relocalisations en cascade des différents équipements portuaires, c’est bien la revalorisation de toute la liaison entre une ville et son port qui s’annonce : donner au port les moyens d’un développement dynamique et amener les passagers au pied d’un nouveau quartier mieux intégré dans la ville, faire une place aux modes de déplacement doux (promenades, pistes cyclables, tramway), ouvrir les espaces portuaires au public et sur la ville, assurer la cohérence architecturale des équipements et le traitement paysager des espaces urbains, etc. Tous ces éléments contribueront à bâtir un nouveau cadre de vie pour les habitants comme pour les visiteurs de passage.
© AIVP
La CCI d’Ajaccio et de la Corse du Sud, la Ville d’Ajaccio, et la Collectivité Territoriale de Corse sont membres de l’AIVP
Pour compléter ces informations, retrouvez les conclusions du séminaire ici.